Publié par : oliviertredan | J décembre 2006

Le Temps lance sa plate-forme de blog

Après le Télégramme et bien d’autres, les titres de presse s’empressent de proposer à leur s lecteurs une solution de blogging, clés en main. La première raison qui vient à l’esprit est une stratégie de fidélisation du public, et faire face aux nouvelles formes de consommation médiatique, qui n’est plus ritualisées mais récurrentes, ne serait-ce que via l’usage d’un agrégateur de contenu. La solution est alors de proposer un environnement informationnel structurant, regroupé au sein du site du titre de presse.
Mais on ne peut réduire notre regard au seul titre de presse, pour tenter d’embrasser l’émergence de la figure du public dans la configuration médiatique. Le public est moins perçu comme un consommateur d’informations, passif. Il est représenté actif dans la mesure où il peut produire du contenu en réagissant à l’actualité produite par les médias traditionnels. Le blog deviendrait une nouvelle médiation pour sonder le public. On peut alors tenter de relire l’histoire du blog, et plus largement de la diffusion et l’appropriation des innovations techniques de production de contenu, au prisme de cette question. De l’assassinat de JFK au 11 septembre 2001, les exemples ne manquent pas.

Mais dans la veine du « public journalism », le public est perçu comme un témoin, pouvant faire partager sa participation à une actualité chaude (manifestations, catastrophes naturelles…). La capacité du public de produire du contenu et le nouveau regard porté par les médias sur ce public permettent aujourd’hui d’externaliser la production d’informations. C’est le sens de la démarche de Yahoo et de de Reuters. Le regard surplombant des journalistes sur l’actualité n’est pas concurrencé – activités symboliquement rémunératrices – et le public remplit une fonction de miroir du monde en rapportant des faits bruts, dans des lieux ou via des thématiques trop éloignés du journaliste. Toutefois, elle pousse à l’émergence de nouveaux acteurs, journalistes, mais qui occupent moins la fonction traditionnelle journalistique. Le travail devient un suivi du public qui devient la source et qui s’assure de la « bonne » information selon des valeurs telles que l’objectivité, la neutralité. L’enjeu n’est donc pas la disparition du journalisme, mais la transformation de la médiation journalistique, une progressive adaptation des journalistes à l’émergence du « citoyen », du « public-source », du « public journaliste », selon l’expression que l’on voudra. Le discours journalistique va continuer de produire une vision conservatrice des rapports sociaux (les seules garants d’une information de qualité face à l’opinion, les dangers de la manipulation de l’information), où les journalistes en sortent confortées dans leur position dominante.

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