Publié par : oliviertredan | J juin 2007

Communautés et médiation technique

Les communautés sont dans l’air du temps. Moins empiriquement que présente dans les discours ou dans les projets d’industries de contenus et même de la part d’industries plus traditionnelles. C’est du moins l’intention de Coca-Cola, selon Le Journal du Net :

« Coca-Cola va lancer le 22 juin aux Etats-Unis son réseau social accessible uniquement sur téléphone portable. Les membres de ce réseau, réunis sous la marque Sprite, peuvent notamment échanger avec leurs amis et mettre des photos en ligne« .

Soit, un acteur économique cherche à fédérer des consommateurs autour d’un dispositif technique. Bref, on est dans l’ère du consomm-acteur, où quelques choses dans le genre. Autant dire que la nouvelle image du public, symbolisé par le possesseur de terminaux (en particulier mobile) capables de générer du contenu, induit de nouvelles techniques de marketing pour le capter. Rien de nouveau en somme.

Mais c’est cette généralisation de l’image de l’individu qui n’est plus seulement actif, mais atomisé, en interactions éphémères sur des sites spécialisés autour de pratiques très rationnalisées – comme il pouvait être considéré encore jusqu’à peu. La norme qui semble s’imposer est celle de la communauté : l’individu est intégré dans de nouvelles formes collectives, relativement peu structurées, peu orienté vers la réalisation d’un projet collectif. Davantage, sa participation sur des motifs personnels permettrait de donner du sens à un niveau méta. En l’occurence, ce serait le dispositif qui en lui serait générateur de sens. On pense tout de suite à la plate-forme Myspace : ce qui réunit les individus n’est pas la musique en soi, mais le dispositif. La finalité serait d’en être, faire du réseautage pour du réseautage. Sans doute, Second Life en a donné une autre illustration : l’exploration de nouveaux mondes numériques serait en elle-même une finalité puisque le simple fait d’être présent dans ces espaces suffiraient à motiver les pratiques individuelles.

A cette juxtaposition des motivations et actions individuelles, le dispositif serait également suffisament pertinent pour générer une forme d’intelligence collective, puisque le dispositif est le projet. Moyen et finalité serait indissociable. N’est ce pas le sens du Web 2.0 : des dispositifs pour la création de réseaux sociaux dont la finalité serait la création de réseaux sociaux.

On retombe sur la vieille définition de Rheingold a propos des communautés virtuelles : « des regroupements socio-culturels qui émergent du réseau lorsqu’un nombre suffisant d’individus participent à ces discutions publiques pendant assez de temps en y mettant suffisamment de coeur pour que des réseaux de relations humaines se tissent au sein du cyberespace. » Difficile de faire plus vague : nombre suffisant, assez de temps, avec suffisamment d’intensité. Reste en suspend la question d’un imaginaire partagé qui donne du sens au pratique sociale des individus. Or, c’est cette question d’imaginaire, de représentations qui permet d’éclairer la structuration des communautés :

« la signification subjective que le groupe a pour ses membres consistent dans la connaissance mutuelle de la situation, et avec un système commun de typification et de pertinence. » (A.S., 1976, P. 251)

Par conséquent, la communauté ne prend forme qu’au travers du système de typifications partagé et dans la distribution des rôles au sein de la communauté. Par conséquent, rôles et conventions ne sont pas figées, mais en perpétuelle invention du fait de l’intersubjectivité entre les membres, mais aussi de l’incertitude entre les membres.

 

Communauté électronique :

  • relations interpersonnelles directes et durables entre les membres ;

  • sentiment d’appartenance ;

  • production de biens collectifs ;

  • espace commun de rencontres régulières

  • système de références partagé à l’intérieur de la communauté, comportant une connaissance commune (rôles et statuts, rites d’initiation des nouveaux membres, conventions, valeurs)

 

Cette notion de communauté mérite d’être développée et intéressante dans la mesure où elle interroge la place des artefacts techniques dans la production communautaire.

Au prisme de cette définition minilamliste de la communauté, les dispositifs techniques ne semblent en définitive ne répondre qu’à deux conditions posées : l’offre d’un espace commun de rencontres régulières, qui permettent la production de biens collectifs – ici en considérant que l’information co-produite. Il reste bien évidemment que les dimensions intersubjectives d’une communauté ne peuvent être générées par le dispositif.

Par conséquent, l’articulation, et non la concomitance, entre dispositifs émergeants sur la Toile et communautés s’avère complexe. Un dépassement des dichotomies sociabilité électronique / sociabilité en direct,  médiation technique / médiation sociale est nécessaire pour tenter de saisir et comprendre les « arts de faire » des internautes dans l’utilisation faite d’espaces « communautaires » (Myspace et consort) pour entretenir, voire créer, du lien social.

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Responses

  1. Je suis très intéressé par vos recherches, mais je trouve peu d’informations, notamment sur le séminaire « technologies numériques et société ». où peut-on en trouver?


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